Sortir des GAFAM par étapes : un plan sur 12 mois pour une PME belge

Pourquoi la question se pose maintenant

Beaucoup de PME belges travaillent sur Microsoft 365 ou Google Workspace. C'est pratique, mais cela crée une dépendance : vos données, vos e-mails et vos outils dépendent d'entreprises soumises au droit américain, dont le CLOUD Act (2018) : il permet aux autorités des États-Unis d'exiger d'un fournisseur américain les données qu'il détient ou contrôle, même si elles sont stockées en Europe (le fournisseur peut contester, mais la décision ne vous appartient plus).

Les transferts de données vers les États-Unis reposent aujourd'hui en grande partie sur le cadre « Data Privacy Framework ». Le Tribunal de l'Union européenne l'a validé le 3 septembre 2025, mais un recours est pendant devant la Cour de justice depuis le 31 octobre 2025. Ses deux prédécesseurs, le Safe Harbor et le Privacy Shield, ont été annulés par cette même Cour.

Des organisations sont passées à l'acte. Le Land allemand du Schleswig-Holstein a migré environ 44 000 boîtes mail et 80 % de ses postes vers des logiciels libres. Fin 2025, la Cour pénale internationale a annoncé quitter Microsoft pour la suite européenne openDesk, après des sanctions américaines contre son personnel.

L'objectif réaliste n'est pas de couper tous les ponts, mais de ne plus dépendre d'un seul fournisseur pour ce qui est vital.

Les grandes entreprises arrivent à la même conclusion : dans une enquête Capgemini publiée en septembre 2026 auprès de 1 300 dirigeants, 59 % jugent une souveraineté numérique complète irréaliste et privilégient la résilience.

Le plan en cinq étapes

Période Étape Exemples de solutions
Mois 1-2 Inventaire et décisions —
Mois 3-5 Fichiers et partage Nextcloud hébergé en Europe ou sur votre serveur
Mois 6-8 Messagerie et agendas Hébergeur de messagerie européen
Mois 9-11 Bureautique LibreOffice, Collabora Online ou OnlyOffice intégrés à Nextcloud
Mois 12 Visio, discussion et bilan Jitsi Meet, Nextcloud Talk, Element

Le calendrier est indicatif : une entreprise de cinq personnes ira plus vite, une structure avec des logiciels métier plus lentement. Les noms cités sont des exemples, pas une liste exhaustive.

Mois 1-2 : faire l'inventaire

Avant de migrer quoi que ce soit, notez :

  • les licences en cours et leurs dates de renouvellement ;
  • où sont vos données (OneDrive, SharePoint, Google Drive, disques locaux) et leur volume ;
  • les outils qui dépendent de votre compte Microsoft ou Google : connexion unique à d'autres logiciels, logiciel comptable, téléphonie ;
  • les fichiers « critiques » : tableurs avec macros, modèles, documents échangés avec des clients.

C'est aussi le moment de vérifier que votre nom de domaine vous appartient : c'est lui qui rend la migration de la messagerie possible sans changer d'adresse.

Mois 3-5 : les fichiers d'abord

Le stockage de fichiers est souvent le plus simple à déplacer, et il contient une bonne part de vos données sensibles. Attention toutefois aux droits d'accès et aux liens de partage, à recréer. Nextcloud, d'origine allemande et open source, offre partage, synchronisation et accès mobile. Il peut être hébergé chez un prestataire européen ou sur votre propre serveur.

Auto-héberger n'est une bonne idée que si quelqu'un assure les mises à jour, la sécurité et les sauvegardes. Une migration n'est pas finie tant que la sauvegarde du nouveau système n'est pas testée : voir notre article Protéger ses données.

Mois 6-8 : la messagerie

C'est l'étape la plus délicate, car tout le monde l'utilise tout le temps. Points de vigilance :

  • migrer les archives (anciens e-mails, contacts, agendas partagés), pas seulement les nouveaux messages ;
  • vérifier et adapter les enregistrements DNS (MX, SPF, DKIM, DMARC) : mal réglés, ils font souvent atterrir vos e-mails dans les spams ;
  • planifier la bascule un vendredi soir et prévenir l'équipe ;
  • garder l'ancien compte en lecture quelques semaines.

Mois 9-11 : la bureautique

LibreOffice ouvre et enregistre les fichiers Word, Excel et PowerPoint. Pour les documents simples, la différence se voit peu. Les difficultés viennent des tableurs Excel avec des macros VBA et des mises en page complexes échangées avec des clients. C'est souvent là qu'il est raisonnable de garder quelques licences Microsoft pour les postes qui en ont vraiment besoin.

Même le Schleswig-Holstein garde environ 20 % de postes sous Microsoft Office pour des procédures métier qui en dépendent encore.

Mois 12 : visio, discussion et bilan

Jitsi Meet ou Nextcloud Talk pour les réunions, Element (messagerie Matrix) pour la discussion d'équipe : ensemble, ils remplacent Teams pour l'essentiel. Faites ensuite le bilan : coûts réels, problèmes rencontrés, ce qu'il reste à migrer ou à garder.

Ce que ça coûte vraiment

Les licences disparaissent en partie, mais d'autres coûts apparaissent : hébergement, migration, formation et support. Le Schleswig-Holstein annonce plus de 15 millions d'euros de licences économisés, pour 9 millions d'euros investis en migration et en développement en 2026. À l'échelle d'une PME, l'argument principal n'est pas toujours l'économie : c'est la maîtrise de vos données et la liberté de changer de fournisseur.

Les pièges à éviter

  • Tout migrer d'un coup : une étape à la fois, en commençant par ce qui fait le moins mal.
  • Oublier la formation : un outil qui déroute l'équipe sera contourné, souvent par un compte gratuit hors contrôle.
  • Confondre localisation et juridiction : des données hébergées en Europe par une entreprise américaine peuvent rester accessibles aux autorités américaines, en plus du RGPD.
  • Remplacer une dépendance par une autre : vérifiez que vos données restent exportables dans des formats ouverts.

Testez-vous

Quelle loi américaine de 2018 permet aux autorités des États-Unis d'exiger des données détenues par des entreprises américaines, même stockées en Europe ?

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Réponse : Le CLOUD Act

Le CLOUD Act de 2018 s'applique aux fournisseurs soumis au droit américain, où que soient stockées les données.

Quelle part des postes de travail le Land allemand du Schleswig-Holstein avait-il déjà fait passer de Microsoft Office à LibreOffice fin 2025 ?

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Réponse : Environ 80 %

Environ 80 % des postes sont passés à LibreOffice ; les 20 % restants dépendent encore d'applications métier liées à Microsoft Office.

Lors d'une migration de la messagerie d'une PME vers un nouvel hébergeur, quels réglages aident à éviter que les e-mails soient classés comme spam ?

Voir la réponse

Réponse : Les enregistrements DNS SPF, DKIM et DMARC

SPF, DKIM et DMARC prouvent aux autres serveurs que vos e-mails viennent bien de votre domaine.

Chez ExsIT

Nous réalisons l'inventaire, proposons un plan adapté à votre taille, migrons fichiers et messagerie, et formons vos équipes. Nous pouvons aussi installer et maintenir votre Nextcloud, chez un hébergeur européen ou sur votre serveur, sauvegardes comprises.

État des informations en octobre 2026.

Sources

Born, G. (2025, 8 décembre). Schleswig-Holstein: Schon 80 % der Arbeitsplätze auf LibreOffice umgestellt. Borns IT- und Windows-Blog. https://borncity.com/blog/2025/12/08/schleswig-holstein-schon-80-der-arbeitsplaetze-auf-libreoffice-umgestellt/

Capgemini. (2026, 8 septembre). Most organizations say full digital sovereignty is an unrealistic goal as businesses prioritize resilience over total independence [Communiqué de presse]. https://www.capgemini.com/at-de/news/press-releases/most-organizations-say-full-digital-sovereignty-is-an-unrealistic-goal-as-businesses-prioritize-resilience-over-total-independence/

Computing. (2025, 31 octobre). International Criminal Court drops Microsoft for open source. https://www.computing.co.uk/news/2025/open-source/international-criminal-court-drops-microsoft

U.S. Department of Justice. (s.d.). CLOUD Act resources. https://www.justice.gov/criminal/cloud-act-resources

WilmerHale. (2025, 1er décembre). European Court of Justice to review challenge to EU-U.S. Data Privacy Framework. https://www.wilmerhale.com/insights/blogs/wilmerhale-privacy-and-cybersecurity-law/20251201-european-court-of-justice-to-review-challenge-to-eu-us-data-privacy-framework

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